"Breton mystique et inquiet, toujours prisonnier d'un rêve intérieur, bienveillant et distrait, ayant des nerfs de sensitive, l'innocente gaieté d'un enfant, la pudeur farouche d'un moine séculier et l'ardeur d'un disciple de Léon Bloy..."pour ceux qui ont connu Paul Ladmirault, ce portrait signé Emile Vuillermoz, le dépeint exactement.

L'oeuvre de Paul Ladmirault témoigne de l'heureuse et nécessaire fusion de l'inspiration et du métier. 
Il savait tout le prix des études musicales sérieuses.

 

 

Né à Nantes le 8 décembre 1877, il fait ses études secondaires dans sa ville natale.Très vite il affiche un fort penchant pour la musique et entre au Conservatoire de Nantes où il obtient à 16 ans un premier prix d'harmonie à l'unanimité.
La même année, il présente son premier opéra Gilles de Retz, à Nantes. La presse crie au prodige "événement musical extraordinaire..." Le Progrès de Nantes.
 
En 1899, il a 22 ans, il obtient au Conservatoire de Paris un premier prix d'harmonie à l'unanimité, puis il travaille le contrepoint et la fugue avec Gédalge. Il entre alors dans la classe de Gabriel Fauré. Dans cette classe régnait une atmosphère propice à l'épanouissement de la vertu d'artiste qui refuse toute concession et platitude. Paul Ladmirault n'oubliera jamais son Maître ni ses condisciples : Ravel, Schmitt, Laparra, Aubert, Enesco,...

Ce sont alors les années parisiennes durant lesquelles le jeune compositeur affirme un talent original et attachant, participant par des productions variées et personnelles à cette merveilleuse et riche efflorescence de la musique française du début du siècle.

 

En 1903, il a alors 26 ans, la Société Nationale de Musique donne en première audition "Le Choeur des Âmes de la Forêt" dont Claude Debussy écrivit dans Gil Blas "Le Chant des Âmes de la Forêt de Monsieur Ladmirault dont la musicalité rêveuse et fine témoigne d'une vraie nature d'artiste ..."

 
En 1905, c'est la Suite Bretonne tirée de son opéra inédit Myrdhin (Merlin). Fauré et Ravel aimaient beaucoup cette oeuvre qui contribua à la réputation du compositeur.
La brillante carrière parisienne de Paul Ladmirault se poursuit par Brocéliande au Matin donnée au Châtelet en 1909 dirigé par Gabriel Pierné. L'accueil est enthousiasme et on peut lire dans Le Journal du Soir :

"...c'est un poème symphonique tout lumineux de grâce printanière, d'une grande fraîcheur d'inspiration ..."
 
Voici la grande tourmente de 1914-1918. Quatre terribles années durant lesquelles la nature délicate du compositeur s'accommode mal de la vie des poilus...
Il trouve quand même le temps d'écrire un ballet "La Prêtresse de Korydwen" qui sera donné à L'opéra en 1925.

Après cette longue absence, Paul Ladmirault revient dans sa famille n'aspirant plus qu'au calme et au silence.

Il sait qu'il aura le sort des rêveurs, qu'importe, personne ne l'empêchera de composer sa propre musique.
 
En 1918, il a alors 41 ans, il termine le Roman de Tristan, musique de scène, pour la pièce de Bédier et Artus. Créée en 1919 à Nice, elle sera reprise la même année au Théâtre Sarah Bernhard. Le succès est complet nous dit Artus, et nous espérons que le Roman d e Tristan assurera la gloire au compositeur. La presse ne s'y trompe pas : "La musique de Paul Ladmirault exprime avec autant de passion que de poésie toute la suave beauté du pays celte. "L'année suivante les concerts PASDELOUP
donnent en première audition la RHAPSODIE GAËLIQUE dirigée par Rhené BATHON.

Dans cette oeuvre en cinq parties,

Paul Ladmirault laisse éclater son amour pour la Bretagne et sa passion pour le celtisme.
 
En 1920, il a 43 ans, il est nommé professeur au Conservatoire de Nantes. La voix de l'artiste ne se tait pas pour autant ; Travailleur infatigable, il concilie les exigences du professorat aux contraintes de la création.
 

Janvier 1932, Paul Ladmirault a 55 ans. L'Orchestre Symphonique de Paris dirigé par Eugène Bigot, donne "En Forêt". C'est un triomphe. La presse est unanime à considérer cette oeuvre comme une des meilleurs de Paul Ladmirault.
C'est alors que Paul Ladmirault se tourne vers la musique de chambre, toujours à la recherche de son idéal de clarté et de concision : "Trop de notes n'ajoute rien..." disait-il.

La musique populaire gaélique a toujours séduit Paul Ladmirault, toujours à la recherche de la couleur originale de la musique écossaise sans jamais faire appel au folklore, vers 1930 il compose son fameux QUATUOR A CORDES. Trois des quatre mouvements sont d'inspiration populaire servie par un sens poétique pénétrant. Seul l'Andante, composé en 1904 sur le nom de Fauré, est complètement différent. Ce quatuor offre un exemple très original de l'heureuse association de l'art savant et de la musique populaire, là où toute musique prend sa source.

 
A 58 ans, pendant ses vacances à KERBILI (56), il écrit 7 pièces pour piano
LES MÉMOIRES D'UN ÂNE d'après la Comtesse de Ségur.

Un peu plus tard il dédie à son ami ENESCO une très belle sonate pour violon et piano, donnée à la Société Nationale en 1934 par ENESCO lui-même : "Tous ceux qui joueront la remarquable sonate de Paul Ladmirault, nous dit Sylvain Pons, constateront qu'elle chante et émeut par la qualité même de ses idées musicales et de leur mise en oeuvre, sans concession à aucune mode". Parmi ses collègues au Conservatoire de Nantes, deux grands artistes de talent : le violoncelliste Robert Laffra et le clarinettiste Victor Graf.

Il leur dédie une sonate : la célèbre sonate pour violoncelle et piano et celle non moins célèbre pour clarinette et piano. Composée  en 1942, deux ans avant sa mort cette sonate pour clarinette et piano est d'une grande limpidité d'écriture.
 
Bien que chrétien convaincu, animé d'une foi profonde, Paul Ladmirault ne composa qu'une oeuvre de musique sacrée MESSE BRÈVE. Cette messe d'une poignante sincérité fut écrite à 60 ans pour l'ordination de son fils Daniel. Ses dernières oeuvres furent un Quintette à vents et piano, une fantaisie modale pour violon et piano.
 
Le 30 octobre 1944, Paul Ladmirault s'éteignait dans sa vieille demeure familiale de Kerbili, à Camoël, dans le Morbihan.
Sa disparition comme sa vie, ne fit pas de bruit. La guerre dans son absurdité le condamnait à l'anonymat, mais sommes-nous certains qu'il ne l'eut pas souhaité ainsi ?